Estivales Photographiques du Trégor 2012 à l'Imagerie [ Textes ]

Emmanuel Smague — Innocences

Do – Le photographe est musicien. Sur les chemins de traverse, son violon offre une part de son âme. Donner c'est aussi recevoir en échange ; le photographe ne dérobe rien, ses images ne sont que les empreintes d'instants partagés.

– Ses chaussures de vent l'ont porté dans de nombreux pays. Le propos tenu n'est pourtant pas géographique, pas même ethnographique, il ne démontre pas, il ne rationalise pas, il montre, tout simplement, et c'est à prendre avec le cœur.

Mi – Ici point de couleurs pour empaqueter le propos. Prenons cet instant de vie au bord du fleuve Niger où l'on sent bien que le soleil tombe à rayons raccourcis sur le paysage. Juste du noir pour les ombres, quelques gris ici et là, et un immense ciel blanc qui s'arroge presque toute la place.

Fa – Ne nous laissons pas égarer par la simplicité apparente de la composition. Les personnages debout dialoguent au sens propre mais aussi graphiquement avec les garçons qui jouent. Puis le regard poursuit une spirale le long des jambes de l'enfant pour nous laisser sur la minuscule silhouette qui au loin s'en va, sa charge sur la tête, vers on ne sait quelle destinée. Et l'on s'arrête là, essoufflé.

Sol – Cette image de Katmandou où l'enfant mendiant s'asperge de sang animal afin que la pitié des passants dépose des amas de billets devant son corps à moitié nu porte témoignage d'une extravagante complicité avec le photographe. Quelle nécessaire connivence permet la cohabitation de l'homme blanc avec ces très jeunes adolescents dont le dessein journalier est de tout simplement survivre ? Quelle singulière empathie permet d'unir à ce point les dissemblances de natures ?

La – Qui regarde qui ? La jeune fille à la poupée trop grande plonge avec confiance ses yeux droit dans les nôtres. À y regarder de près son sourire est celui de Mona Lisa. Il affirme que son royaume n'a d'autres limites que l'horizon. Ici l'instant décisif s'efface, le temps s'arrête, s'étire et devient lui aussi infini.

Si – Le photographe tisse des liens entre lui et les autres, jette un pont entre nous et les autres. Le jeune écolier Rom qui pose devant le taudis qu'il habite, semble partager plus de choses avec nous qu'avec les habitants des immeubles voisins.

# – Chaque cliché proposé est comme un accord. Accord majeur que l'on perçoit sans nuance à l'instar de ces enfants arméniens qui jouent dans leur maison ou accord mineur, plus subtil, où l'œil découvre des résonances et des échos à l'exemple de ce bébé du Ladakh dans son couffin d'osier.

Daniel Collobert, avril 2012

[ Textes ]

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